Mon chat et Schrödinger (et la dette publique)

C’est une histoire bien connue que celle du chat de Schrödinger. Souvenez-vous : il s’agit de mettre un chat dans deux états incompatibles et pourtant simultanés. En l’occurrence : mort et vivant.

« WANTED ! Chat de Schrödinger. Mort et vif » (blague de scientifiques).

Dans l’histoire scientifique, il s’agit d’une expérience de pensée, que Wikipédia résume comme suit : « un chat est enfermé dans une boîte avec un dispositif qui tue l’animal dès qu’il détecte la désintégration d’un atome d’un corps radioactif […]. La mécanique quantique indique que, tant que l’observation n’est pas faite (ou plus précisément qu’il n’y a pas eu de réduction du paquet d’onde), l’atome est simultanément dans deux états : intact et désintégré.

Or le mécanisme imaginé par Erwin Schrödinger lie l’état du chat (mort ou vivant) à l’état des particules radioactives, de sorte que le chat serait simultanément dans deux états (l’état mort et l’état vivant), jusqu’à ce que l’ouverture de la boîte (l’observation) déclenche le choix entre les deux états. »

J’ai toujours été amusé par l’accumulation de dispositifs imaginée par Schrödinger : la désintégration d’un atome détectée par un compteur de radioactivité relié à un interrupteur provoquant la chute d’un marteau cassant une fiole de poison libérant un gaz mortel tuant le chat enfermé dans une boîte.

Le colonel Moutarde avec son pauvre chandelier dans la petite bibliothèque à l’étage (ou même dans une mystérieuse chambre jaune) est largement battu. Cluédo quantique, sans doute.

Cette mise en scène ne sert qu’à dédramatiser une profonde question. La fonction d’onde fournit les probabilités de trouver le chat quantique dans tel ou tel état. Mathématiquement, elle permet des états superposés. Sont-ils réellement superposés, autrement dit ce chat est-il réellement mort et vivant, ou bien y-a-t-il une autre explication ?

Ubiquité réelle ? Ou limite de la connaissance ?

Or, je compare le chat de Schrödinger à la dette publique.

La voilà (la dette, pas le chat) qui devrait bondir de 15 % en France en 2020, et gageons que c’est sous-estimé. Et que ce n’est qu’un début. Est-elle une dette quantique ? C’est la question très spéculative qui me préoccupe aujourd’hui, entre deux visio

Oui, indiquent les spécialistes : elle est là mais elle n’est pas là. Comment ? C’est simple : comme chaque année on peut ré-emprunter le montant nécessaire pour rembourser ce que l’on doit, on ne paye que les intérêts. Et tant que ceux-ci sont très bas (disons, à zéro, pour la beauté du raisonnement), on peut continuer ainsi sans dommage, indéfiniment.

La martingale est tellement parfaite que l’on aurait tort d’en rester là. Donc, rajoutons chaque année une louche. D’un côté, cet argent est distribué : il est là. De l’autre côté, le trou de la dette se creuse en lui-même, sans incidence sur la vie réelle : il n’est pas vraiment là.

Admettons que les taux ne remontent jamais, et que continuent à parader les économistes de la dette perpétuelle. Il y a quand même quelque chose qui cloche, mais quoi ?

Et je crois que j’ai trouvé : il faut quelqu’un pour prêter cet argent aux États, et le prêter à taux zéro.

Il existe ainsi une masse d’épargne considérable dans le monde, soustraite de la vie économique et employée à financer sans rendement ou presque, le puits sans fond des dettes publiques.

Soit 80 mille milliards de $ (le total des déficits publics mondiaux) de vraie bonne épargne volatilisée, qui n’ira directement dans aucun autre investissement productif. Presqu’un an de PIB mondial.

Au moins est-ce que ces dettes publiques financent des investissements d’avenir ? C’est véritablement la question cruciale. Abordée par exemple dans mon article sur les priorités de la relance post-covid. Or, un peu partout, et depuis longtemps, la dette publique finance surtout… le déficit courant.

Remarquez que cette année 2020, selon le FMI, pendant que la dette publique mondiale passerait en pourcentage de 83,3% à 96,4% du produit intérieur brut planétaire, ce dernier connaîtrait une contraction historique de -3%. Les courbes se croiseraient-elles ?

Cette dette publique est telle qu’elle ne sera jamais remboursée. Le jour où on l’annulera, se manifestera pour de bon la disparition de son double en épargne.

La dette publique n’est donc pas quantique. Elle ne connait qu’un seul état : elle existe. Elle produit des effets sur le monde réel. L’ubiquité n’était pas parfaite.

Conclusion (tirée de l’auteur anglais Terry Pratchett, cité également par Wikipédia) :

Dans cette situation le chat est soit : a) Mort, b) Vivant, ou c) Vachement en colère.

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